La détention du journaliste Comlan Hugues Sossoukpè suscite une vive inquiétude au sein de l’organisation de défense de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF). L’ONG a saisi, le 24 avril 2026, la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans une affaire mettant en cause deux États ouest-africains : la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara et le Bénin de Patrice Talon. Les deux pays sont accusés de graves violations des droits fondamentaux de journalistes.
Au cœur de cette requête figurent les conditions d’arrestation et de détention de Comlan Hugues Sossoukpè, journaliste d’investigation et promoteur du média Olofofo, ainsi que celles d’Ali Moumouni, ancien journaliste du groupe Canal 3 Bénin. Tous deux sont détenus au Bénin depuis 2025.
Selon des informations concordantes, la plainte introduite par l’avocat Koffi Sylvain Mensah Attoh fait suite à plusieurs mois d’enquête. Elle vise à dénoncer une « série d’atteintes aux droits humains », notamment des faits d’« enlèvement, de transfert extrajudiciaire, de détention arbitraire et d’atteinte à la liberté de la presse ».
Les faits remontent à juillet 2025. Comlan Hugues Sossoukpè, réfugié politique au Togo depuis 2021, s’était rendu à Abidjan à l’invitation du ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation. D’après RSF, cette invitation aurait servi de cadre à une opération coordonnée impliquant des agents béninois, avec l’appui des autorités ivoiriennes.
L’organisation affirme que le journaliste a été victime d’un enlèvement, d’une séquestration, d’un transfert forcé et d’une arrestation arbitraire. Des accusations également évoquées dans le cas d’Ali Moumouni.
Depuis son transfert au Bénin, Comlan Hugues Sossoukpè serait détenu dans des conditions strictes, marquées par un isolement prolongé jusqu’au début de l’année 2026, avant l’autorisation de visites limitées de ses proches. Il est poursuivi pour « harcèlement par le biais d’un système informatique », « rébellion » et « apologie du terrorisme ».
Quelques jours après cette arrestation, l’affaire s’élargit avec l’interpellation d’Ali Moumouni, le 16 juillet 2025 à Cotonou, alors qu’il participait à une formation. Il est soupçonné d’entretenir des liens avec le média Olofofo depuis septembre 2024.
Placée sous mandat de dépôt, cette figure de l’ex-groupe Canal 3 est poursuivie pour « incitation à la violence et à la rébellion », « harcèlement par le biais de communications électroniques » et « apologie du terrorisme ». Contrairement à Sossoukpè, il n’est pas en isolement et bénéficie d’un accès à son avocat ainsi qu’à certains membres de sa famille.
Sa première comparution, intervenue le 25 mars après plus de huit mois de détention, avait été interrompue pour des raisons de santé. L’examen du dossier a repris à la mi-avril.
Dans sa requête, RSF demande à la juridiction communautaire de constater les violations alléguées, d’ordonner la libération immédiate des deux journalistes et d’exiger la réparation des préjudices subis.
Anselme ORICHA















