Alors que le Mondial de football bat son plein, certains pays et ONG ont mis en place des campagnes de prévention des violences conjugales. Selon des études, les grandes compétitions sportives et les soirs de match sont propices à une augmentation des violences intrafamiliales.
Ce mercredi 1er juillet, l’Angleterre affronte la RDC en seizièmes de finale de la Coupe du monde. Pour des millions de supporteurs anglais, le rendez-vous est déjà coché dans le calendrier. Mais en Angleterre, plusieurs associations s’inquiètent de « l’autre coup d’envoi ». « 11.37 pm. The Other Kick Off », c’est le nom de la campagne lancée à l’occasion du premier match de l’équipe nationale par Women’s Aid, l’une des principales organisations britanniques de lutte contre les violences conjugales.
Cette fois, l’expression ne désigne pas le début du match, mais le moment redouté par de nombreuses femmes et enfants : celui où un conjoint violent rentre à la maison. Pour le premier match de l’Angleterre, programmé à 21h, l’association avait calculé cet « autre coup d’envoi » à 23h37 : l’heure estimée du retour des supporteurs chez eux après le coup de sifflet final, le temps de sortir des pubs et des fan zones.
« L’autre coup d’envoi »
La campagne a été déployée à Londres sur des panneaux numériques, des camions mobiles et des affiches installées près de lieux de rassemblement de supporteurs. Des QR codes renvoient vers les dispositifs d’aide de l’association, à destination des victimes, mais aussi des proches et des témoins. « Pour les femmes et les enfants victimes de violences domestiques, le “coup d’envoi” revêt une signification différente, souligne Farah Nazeer, directrice générale de Women’s Aid, dans un communiqué. Le coup de sifflet final du match marque le début d’une situation effrayante et potentiellement mortelle. »
Dans ce pays où la culture footballistique est très présente, plusieurs travaux ont documenté le phénomène. Une étude publiée en 2013 par l’université de Lancaster, qui s’était penchée sur les signalements collectés dans le nord-ouest de l’Angleterre lors des Coupes du monde 2002, 2006 et 2010, montrait une hausse des violences conjugales les soirs de match de la sélection anglaise, de 38% en cas de défaite, et de 26% en cas de victoire ou de match nul.
Déjà, lors de la Coupe du monde en 2018, le National Centre For Domestic Violence avait organisé une campagne choc : « If England get beaten, so will she », à savoir « Si l’Angleterre se fait battre, alors elle aussi ». Cette année, le slogan a changé, mais le message reste le même.
La violence à l’égard des femmes ne connaît pas de frontières, et la prévention ne devrait pas en connaître non plus », résume Wendy Figueroa Morales, directrice générale de la Red Nacional de Refugios.
Au Mexique, l’ONU Femmes, l’UNICEF, l’UNFPA et le gouvernement ont aussi lancé la campagne « En équipe contre la violence familiale », destinée à aider voisins, proches et communautés à repérer les signaux d’alerte et à intervenir avant que les violences n’escaladent.
En France, le sujet reste beaucoup moins documenté. Il n’existe pas d’étude nationale spécifique sur les liens entre football ou grands événements sportifs et violences conjugales. Le 3919, numéro d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violences, rappelait auprès de l’Agence France-Presse qu’il était difficile d’établir une corrélation à partir des appels reçus. Les femmes qui contactent la ligne « ne précisent pas si elles ont reçu une claque parce qu’il y avait un match la veille », soulignait Mine Günbay, directrice générale de la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), qui gère le 3919. À la différence du Royaume-Uni ou des pays hôtes du Mondial, aucune campagne nationale française spécifiquement liée à la Coupe du monde n’est menée.
Sollicitées par RFI, la Fédération nationale Solidarité Femmes et le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes n’avaient pas répondu au moment où nous publions.
La Coupe du monde se déroule de surcroît dans un contexte de fortes chaleurs dans plusieurs pays. Selon une étude publiée en 2025 par Spotlight Initiative, programme commun de l’ONU et de l’Union européenne, chaque hausse de 1°C lors d’une vague de chaleur extrême serait associée à une augmentation d’environ 5% des violences conjugales. Là encore, les spécialistes appellent à la prudence : la chaleur ne crée pas les violences, mais elle peut agir comme facteur de désinhibition ou d’aggravation.
Le Mondial peut aussi être un levier d’action pour rendre visibles d’autres formes de violences économiques ou d’emprise. Ainsi, l’Argentine a transmis aux autorités américaines une liste de plus de 13 000 personnes inscrites sur le registre des mauvais payeurs de pension alimentaire, afin de leur interdire l’accès aux matchs de la sélection aux États-Unis, comme l’expliquait le quotidien La Nación. « Celui qui ne respecte pas une obligation aussi fondamentale que nourrir ses enfants doit en subir les conséquences », a justifié le chef du gouvernement de Buenos Aires, Jorge Macri.
Source : RFI














