Radio Parakou est le fruit de la coopération bénino-allemande. Lancée le 1er avril 1983, elle est, depuis 42 ans, un pilier de l’essor économique, commercial, culturel et politique de la ville de Parakou. Au-delà de la ville, Radio Parakou est incontestablement l’instrument le plus efficace pour l’intégration régionale des cinq départements de la partie la plus intérieure de la République du Bénin.Il est simplement question de la remettre à niveau technologiquement et commercialement.
Il est vrai que l’organisation publique qui exploite la radio est passée du statut d’Office à celui de société. En novembre 2023, le gouvernement a décidé la fusion de l’ORTB avec le Centre Multimédia des Adolescents et des Jeunes du Bénin (CMAJB) pour créer la Société de Radio et de Télévision du Bénin S.A. (SRTB S.A.). Cette évolution vise, selon le gouvernement, à harmoniser le secteur audiovisuel béninois avec les standards internationaux de radiodiffusion numérique. Sans m’interférer dans les affaires internes, je voudrais interpeler les dirigeants de la désormais entreprise sur les effets sociopolitiques de la décision de fermer la station régionale.
Nous avons connaissance d’une chaîne appelée Radio Bénin Alafia, émettant depuis Cotonou et couvrant tout le territoire en émettant exclusivement en langues nationales. Radio Bénin Alafia diffuse en 18 langues nationales représentatives du pays. Si mes observations d’usager sont exactes, Radio Parakou émettait en quatorze langues nationales du Bénin, bien que cela ne fût pas sa vocation première qui était d’accomplir pleinement le service public de radiodiffusion et en suite de télévision. En douze années de service dans les différents départements de couverture de Radio Parakou, mon employeur a eu recours aux services de ORTB Parakou et toutes les évaluations ont toujours été concluantes. Je n’ai jamais connu de cas d’insatisfaction d’usagers d’une langue nationale qui ne se sentaient pas touchés.
D’autre part, on pourrait déduire que Radio Bénin Alafia, émettant depuis Cotonou, a absorbé Radio Parakou, ou plutôt ORTB Parakou. Alors comment une structure nouvelle de onze années d’exercice pourrait-elle absorber une autre de quarante-trois ans? Radio Parakou, antenne régionale créée en 1983 à destination du Nord du Bénin, a célébré ses 40 ans d’existence en avril 2023. Elle s’est avérée comme un parfait relais de l’organisme national, et au fil du temps une structure capable et offrant au mieux le service public comme l’organisme mère.
Vers 2007, il a même été annoncé la création d’une télévision en plus pour rapprocher le service public et l’ancrer dans les réalités du milieu, de la zone de couverture de Radio Parakou. La non-effectivité de cette annonce serait-elle un début de sabotage de Radio Parakou à l’interne, ou le beau projet aurait-il été annihilé par des cadres de l’entreprise ou du ministère? Sinon, comment comprendre que des installations aient été faites et soient visibles dans plusieurs communes pour le relais et la disponibilité des signaux, et que finalement elles ne servent plus, soit à rien, soit à centraliser le service à Cotonou?
Alors ne faudrait-il pas que le gouvernement fasse un audit pour situer les motifs d’ordre financier des investissements publics certainement mal orientés, les mobiles inavoués et les décisions d’ordre technique et administratif ayant abouti à ce que la Société de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin trouve désuète et inopportune désormais la légendaire Radio Parakou, et rapporter sa décision de fermeture de la station?
Comment comprendre que d’autres entreprises publiques comme l’ex Société Béninoise d’Électricité et d’Eau aient été scindées en deux, et que la SONEB et la SBEE continuent à exister partout sur le territoire national? Comment comprendre que ce soit le même cas pour l’ex-Office des Postes et Télécommunications dont les deux entités qui en sont issues se sont plutôt multipliées en entreprises publiques et semi-publiques prospères?
La SRTB S.A. regroupe aujourd’hui deux chaînes de télévision, Bénin TV et Bénin TV Junior, et cinq stations de radio : Radio Bénin, Radio Parakou, Atlantic FM, Radio Bénin Alafia et Ado FM. Radio Parakou figure donc encore officiellement parmi les médias de la SRTB. Sa fermeture factuelle interroge.
Une fois encore, nous prions le gouvernement qui sera installé dès le mois de mai de revoir cette copie. Fermer Radio Parakou, c’est rompre le lien de proximité avec des millions de citoyens du Nord Bénin (Borgou authentique et autour), pour qui la radio en langues locales reste le premier service public d’information, d’éducation et de cohésion.
Saïd Dicko















