Le Bénin s’apprête à franchir une nouvelle étape dans son organisation institutionnelle avec l’installation, le 31 juillet 2026, du Sénat, nouvelle institution appelée à réunir notamment d’anciens chefs d’État, des anciens présidents de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle ainsi que d’autres personnalités ayant une expérience avérée de la vie politique et institutionnelle. Au-delà de la création d’une nouvelle chambre, cette installation intervient dans un contexte où le pays aspire à consolider la paix, la stabilité politique et la cohésion sociale. Le Sénat est donc attendu comme un espace de dialogue, de sagesse et de recherche de compromis, capable de contribuer à prévenir les tensions et à rapprocher davantage les différentes sensibilités de la société béninoise.
Dans ce contexte, une question commence déjà à agiter les débats : faut-il voir les anciens présidents Boni Yayi et Patrice Talon briguer la présidence de cette nouvelle institution ? Les partisans des deux anciens chefs d’État semblent déjà pousser leurs champions vers cette responsabilité, donnant une dimension hautement politique à la bataille pour la tête du Sénat. Pourtant, au regard des tensions et des fractures qui ont marqué la vie politique béninoise au cours de ces dernières années, notamment depuis 2012, une autre voie pourrait être privilégiée : celle de l’apaisement et du renouvellement. Si le Sénat doit être une institution de rassemblement et de médiation, ne serait-il pas plus judicieux de confier sa présidence à une personnalité dont le parcours et la position permettraient de dépasser les clivages entre les deux grands camps politiques qui ont dominé la scène nationale ces dernières années ?
L’enjeu dépasse ainsi les ambitions personnelles et les stratégies des différents partis. Il pose une question fondamentale : le Bénin doit-il continuer à être politiquement structuré autour de Boni Yayi et Patrice Talon ? Aucun ancien président ne peut évidemment revendiquer à lui seul la propriété du pays, et le Sénat, s’il veut incarner une institution de sagesse, devra pouvoir appartenir symboliquement à tous les Béninois. Dans la perspective de son installation le 31 juillet, le choix de son président sera donc scruté comme un signal politique majeur. Entre la tentation de prolonger les rivalités du passé et la nécessité d’ouvrir une nouvelle page, les sénateurs auront une responsabilité historique : faire de cette institution un véritable instrument de paix, de dialogue et de cohésion sociale, plutôt qu’un nouveau terrain de confrontation entre les camps de Boni Yayi et de Patrice Talon.















