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Showbiz béninois: sur les traces de la musique parakoise des années 90 à aujourd’hui

Loukoumane Worou Tchéhou by Loukoumane Worou Tchéhou
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Showbiz béninois: sur les traces de la musique parakoise des années 90 à aujourd’hui
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Le 21 juin 2021, le monde fête la musique, un événement qui symbolise la puissance de la création artistique et sonore à travers les continents. Les artistes parakois ne restent pas marge de cet évènement pour preuve l’espace culturel Windepkè de Rodrigue GOTOVI acteur culturel dans le septentrion mettra en scène toutes les grosses cylindrées du monde musical dans le Borgou. Depuis les années 90 à nos jours des artistes dans la cité des kobourou ont fait la pluie et le beau temps à travers le temps et l’espace. Il en est de même de nos jours, cette cité continue de nourrir le monde musicalement à travers les virtuoses qu’elle regorge. Les plus récents sont Sam Sounon Daniel qui suit des cours de renforcement en Italie, Angelo Moustapha qui réside en Belgique ou encore Jolidon Lafia qui vit à Lyon. Pourra-t-on dire que Parakou est nid de talents intarissables ? Pour tenter de répondre à cette interrogation, un état des lieux de la musique dans cette ville s’impose à travers un retour sur les traces de la musique parakoise des années 90 à nos jours ?

Du premier studio de musique à Parakou, studio Olouwa Tobi Loba de Eric Sant’anna…

Acteur du développement culturel, musicien, ingénieur de son et chanteur. Ancré dans le showbiz depuis son enfance, il a mis sur pied le premier studio de musique dénommé Studio « Oluwa Tobi Loba » qui totalise près d’une trentaine d’années. « C’est le tout premier studio dans tout le nord, je suis venu à Parakou en 1990 en tant que comptable et j’ai découvert le groupe Sam 11 première formule. J’ai été accueilli par le frère Gabin Assouramou et quand à midi trente je quitte le service je travaille avec Gabin pour maîtriser le répertoire. Mon amitié avec Ferry Finagnon m’a fait découvrir un jour un enregistreur que j’ai commandé par la suite. On s’amusait à faire des enregistrements et c’est partir, le studio est né. De façon autodidacte, c’est comme ça on faisait des essais presque à zéro franc parce que certains musiciens n’arrivaient même pas à s’acheter des bandes qui coutaient 3500 Fcfa. Donc on se débrouillait comme ça quand un jour Ferry Finagnon à amener Alpha Mim pour l’enregistrement de son titre « Mbakako ». Ce son a été enregistré sur quatre pistes ensuite il fallait aller à Cotonou pour le master chez Oscar Kidjo qui n’a pas facilement accepté que ce son venait de Parakou. Après le master et la sortie du son, Parakou commence par faire sonner le monde musical. C’est comme cela que le studio est né et à évoluer, l’intention n’était pas de gagner de l’argent. Les artistes du Nigeria, du Ghana, du Togo et d’autres nationalités ont commencé par poser leur valise à Parakou. Il faut dire que de 4 pistes on a été à 8 pistes jusqu’à maintenant ou le numérique a pris le dessus» à laisser entendre Eric Sant’anna.

Comment Eric Sant’anna a-t-il commencé la musique avant la création du studio ? 

Il renchérit « j’ai été bercé par la musique. Donc c’est une affaire de sang si je peux m’exprimer ainsi  parce que le premier Bar Dancing qui existait en son temps au Bénin qu’on appelait « TONGNIVIADJI » c’est mon feu grand-père qui l’a ouvert et il y avait des orchestres qui venaient du Nigeria, du Ghana, du Togo, de la Côte d’ivoire pour faire de la musique live. Moi j’étais tout petit puisque le bar dancing était dans la maison on n’y avait pas accès et on suivait tout par la fenêtre, je fredonnais pas mal de chansons, j’avais un oncle le feu Francis Sant’anna il était étudiant à Amiens en France.  Quand il est revenu pour les vacances il m’avait amené une tourne disque de marque Philips avec plein de disques de Joe Dassin, Georges Brassens et autres. En ce temps j’avais 07 ans. Avec un électrophone que très peu de personnes, de fonctionnaires avaient de moyens pour s’en procurer alors, je me suis habitué à jouer cela lui il était guitariste, la famille avait un orchestre dont j’étais le CO, on chantait tous dans la famille qu’on le veuille ou non. Voilà d’où l’aventure a commencé, je suis rentré dans un groupe qu’on appelait le Tchèks Faith où j’ai connu un ami, Joslin Fiéhintô un guitariste talentueux qui continue toujours à jouer. La plupart des gens de ma tranche d’âge que j’ai connu n’ont pas lâché le travail, comme moi aussi.

Du premier musicien produit dans le tout premier studio de Parakou 

Mama Ibourahima Awali alias Alfa Mim est l’un des premiers musiciens produit dans le premier studio de musique à Parakou, il nous expose quelques difficultés en leur temps
« l’enregistrement de mon premier album s’est fait dans les règles de l’art mais, il faut avouer que les difficultés étaient nombreuses, les artistes de ma génération, on était des élèves pour écrire les textes c’était un peu difficile et de plus nos textes étaient moins matures. L’enregistrement se faisait dans un studio analogique, on n’avait pas la possibilité de poser la voix par intermittence comme aujourd’hui. Quand tu chantes et que tu rate tu devrais reprendre la chanson et on pouvait reprendre N fois et cela nous épuisait l’énergie, de plus il nous fallait de technicité afin de mieux s’accorder avec les instruments parce qu’il n’y avait pas d’ordinateur si un instrument rate il fallait reprendre toute la chanson, on avait aussi le mal pour payer le studio c’est vrai que en son temps on se faisait enregistrer autour de 30 000 F ou 20 000 F. La promotion était un peu difficile car il fallait toujours aller à Cotonou pour faire la promotion de son album à la télévision. C’est sur ces difficultés que j’ai pu enregistrer en 1996 et l’album est sorti en 1998. De plus il fallait sortir l’album sous forme de K7 et la duplication se faisait à Lomé, il n’y avait pas de carte mémoire. A un moment donné nous avons eu quelques avantages avec l’arrivée des CD qui ont disparu avec l’arrivée des carte mémoire qui aussi disparaissent avec l’évolution du numérique. Aujourd’hui on a cette avantage avec le numérique qui a aussi ces inconvénients d’une manière ou d’une autre.  

Un envol pour la musique parakoise ?

Selon Rodrigue GOTOVI alias aladji Zoro ingénieur culturel, artistique et promoteur de l’espace culturel Windepke, «D’hier à aujourd’hui la musique parakoise fait son bout de chemin. Il y a eu de chemin parcouru, pas dans l’aisance, c’est difficile et c’est toujours difficile parce que le contexte socio-culturel et religieux n’est pas forcément favorable à l’émergence de l’artiste et de l’industrie musicale comme cela se doit. La musique à Parakou dans son ensemble n’a pas décollé mais il y a eu des individualités, des artistes qui ont décollé qui se sont imposés non seulement au plan régional mais également au plan national. Ce contexte religieux dont je parle ne favorise pas la pratique  de la musique en particulier parce que ça expose, ça enfreint à des règles religieuses et donc ce n’est pas facile. Je vous donne un exemple, à Parakou la religion musulmane est dominante et qu’une femme pratique la musique, cela donne une perception péjorative de cette femme-là. Zouley Sangaré en a subi de plein fouet et aujourd’hui encore il y a d’autres femmes qui subissent la même chose parce que dans la tête des gens c’est comme, si une femme s’adonne à la musique c’est un boulevard pour la prostitution, pour des comportements proscrits par la religion. C’est pourquoi parfois vous voyez des artistes qui sont obligés parfois de quitter ici et d’aller s’imposer à Cotonou. Egalement, les orchestres à Parakou on peut les compter au bout des doigts, le groupe Super Borgou a fait son petit bonhomme de chemin et aujourd’hui tout ceci est parti, c’est qu’il n’y a pas de sociologie de la fiesta à Parakou. Ailleurs chaque weekend c’est le agô, l’industrie funéraire permet à l’artiste de bouger et c’est dans cela vous aller voir les Ricos Campos c’est leur registre. Ici nos musiciens sont de plus en plus obligés de prendre d’assaut les bars pour y travailler. Parce qu’ils n’ont pas un cadre d’expression. 

Godonou Gautier, ingénieur en management de la culture et du tourisme doctorant en droit international économique interface commerce culture, spécialiste de la façon dont le droit international et économique traite les biens et services culturels donne son point de vue sur la question.

Parlant de la musique qui se fait actuellement dans Parakou, j’ai tendance à dire que la musique, au-delà d’être une discipline, c’est un métier. On peut être musicien et en vivre sauf qu’il faut travailler. Tel que le fonctionnaire quitte sa maison le matin, il va au boulot il rentre le soir. Dans notre contexte, le musicien qui ne travaille pas de cette façon ne pourra pas aller loin. Par jour, il faut au moins deux heures de temps d’exercice mais nous constatons que par ici cela manque. Vous allez remarquer que tous les musiciens qui ont émergé dans le monde sont partis de Parakou que ce soit musicien ou vocaliste, auteur compositeur et tout ce sont des musiciens qui ont commencé à Parakou. Pour réellement aller de l’avant il faut travailler, je ne sais pas si c’est quand ils sont ici ils n’aiment pas travailler mais quand quelqu’un travaille réellement et il commet l’erreur de quitter Parakou tout de suite on l’identifie, quand il travaille sérieusement il fait deux heures de temps ou au moins huit heures par semaine il est tout suite identifié, il fait son bonhomme de chemin et puis il a un nom. Le gros problème de Parakou, c’est que les artistes ne travaillent pas parce que peut-être on se pose la question est-ce que la musique nourrit réellement son homme ? Mais si vous ne travaillez pas assez dans le secteur, comment voulez-vous que le secteur vous nourrisse ? Quand vous ne prenez pas le secteur comme votre métier, comment voulez-vous que le secteur vous nourrisse ? Il y a des exemples, pour moi ceux qui travaillent pour moi à Parakou je prends Kalamoulaye, Barassounon, Amy Mako, ils travaillent. Il y a des jeunes qui arrivent et qui travaillent bien on ne les sent pas encore mais ils arrivent, je peux parler de Kouessiba, Bi-mari, Yves Blo Richard, Farel Abiola. Moi, en ma qualité de manager, tout de suite et maintenant quand on me demande quels sont les musiciens qu’on peut vendre à Parakou je prends Kalamoulay, Barassounon, Amy Mako je sais ce qu’il faut vendre chez chacun de ces artistes. Il y en a qui ont la voix d’autres c’est l’instrument ainsi de suite. Chacun s’est spécialisé afin de maintenir son énergie. Il y en a encore à Parakou qui ne travaillent pas assez, ils sont plein de talent, certains ont hérité un patrimoine non négligeable de ce domaine mais il leur manque le travail, assez de travail. J’ai l’habitude de dire quelque chose quand on est dans le monde de la musique, soit on est créateur d’œuvre d’esprit et on reste uniquement dans ce champ et les autres corps de métier de la musique travaillent pour vous. Le créateur d’œuvre d’esprit est un maillon de la chaîne du showbiz, c’est lui le produit qui se consacre uniquement qu’à cela et il travaille à s’entourer d’un staff managérial qui le pousse de manière à ce que chacun connaisse son couloir. Vous allez voir quand on prend l’ensemble des musiciens au Bénin, quand les gens s’affrontent nos instrumentistes d’ici s’imposent facilement, la preuve il y a un exemple palpable qui vit et évolue en Belgique Angelo Moustapha, il y a Daniel San Sounon lui aussi s’est affronté en matière de guitare Bass avec les Cotonois, il s’est imposé ce qui lui a valu une bourse et fréquemment il est en Italie grâce à cette bourse. 

Mama Ibourahima Awali alias Alfa Mim « la musique parakoise a fait un pas, puisque avec l’arrivée de ces studios numériques cela facilite les enregistrements et le nombre des artistes s’est multiplié. Dans ce boom d’artistes, nous avons certains qui excellent et font de la musique qui peut se vendre. Mais dans un contexte un peu difficile puisque à Parakou nous avons un problème de promotion, les promoteurs manquent. D’une manière ou d’une autre il y a du talent à Parakou, même s’il faut encore du travail à l’artiste parakois. Il y a certains qui font de leur mieux pour que cette musique puisse sortir de l’ornière, comprenons que l’accompagnement manque.    

Si Eric Sant’anna continue malgré ces difficultés de faire de la musique c’est qu’il y à anguille sous roche. On tente de mieux comprendre avec un ingénieur culturel 

Godonou Gautier « Aujourd’hui si je vais faire l’état des lieux de la musique, quand nous prenons la partie méridionale, les gens ont déjà tellement produit le patrimoine culturel de la partie méridionale qu’il y a plus rien à faire encore. Donc quand vous voyez les gens de la nouvelle génération qui font de la musique ils copient seulement, mais quand vous venez ici dans le nord vous constater que malgré la qualité de ce qui est fait depuis les indépendances à ce jour, beaucoup reste encore à faire. Le terrain est encore vierge en matière de musique et quand je dis musique ce n’est pas se lever et chanter de n’importe quoi. Je parle de quelqu’un qui chante une musique inspirée du patrimoine culturel identitaire. Je veux juste dire que le patrimoine immatériel de la partie septentrionale est encore vierge. En terme de pourcentage je dirai que c’est à 40% exploité, il y a une foultitude de chose, de champs à explorer ». 

Pourquoi les talents parakois ne tardent pas à émerger une fois hors de Parakou ?

Eric Sant’anna « C’est tout le contraire chez moi j’ai quitté Cotonou mais avant tout, j’ai côtoyé beaucoup de musiciens avant de venir m’installer à Parakou. Et j’ai mouillé le maillot. Je ne peux pas dire que c’est moi qui ai tout fait à Parakou et dans le nord. Mais, il faut comprendre que Parakou n’a pas le même schéma que Cotonou, ici à Parakou l’objectif est unique chercher à aller de l’avant, chercher à aller vers la métropole et l’artiste sachant qu’à Cotonou il y a des requins en matière de musique et ne voulant pas aller faire piètre figure alors on ne se donne pas la peine de dormir sur ses lauriers, on travaille à fond la caisse. L’artiste parakois sait que Cotonou a besoin de la qualité autant que Parakou. Les gens considèrent Parakou comme un village mais, ne sachant pas que cette adorable ville est un nid de talents. Les artistes de Parakou quand ils veulent émerger, ils émergent. J’en connais certains qui ont été à Cotonou et ont failli sombrer, ils étaient obligés de revenir travailler d’arrache-pied. Enfermé dans leur chambre rien que pour le travail mais aujourd’hui à Cotonou ce sont des papes de la musique. La musique parakoise va prospérer puisque la relève s’assume déjà à tous égards. Ce que j’ai à dire à l’artiste parakois c’est de continuer à travailler encore plus et de se faire entourer d’un staff pour aller loin.

Rodrigue GOTOVI « C’est simple, c’est parce que ici vous êtes obligés de fournir plus d’effort que celui qui est à Cotonou et donc quand un talent d’ici se retrouve à Cotonou il s’impose royalement. Aujourd’hui vous voyez Angelo Moustapha, Daniel San Sounon lui par exemple on peut oser dire qu’il a son mot à dire dans la musique mondiale, il a mis en place un studio, il connaît les formats de musique et les normes internationales et quand un produit sort de chez lui on sent de l’original. C’est de cela qu’il s’agit parce que faire de la musique est une chose mais faire de la musique qui respecte les normes internationales et exportable en est une autre. Ce n’est pas facile d’aller à l’assaut du monde en partant de Parakou parce que dans notre environnement nous n’avons pas ce qu’il faut sinon il y a d’autres individualités qui ont émergé avant ceux que je viens de citer »

Mama Ibourahima Awali alias Alfa Mim « Moi je n’ai pas quitté Parakou pour plusieurs raisons, il faut d’abord savoir là où on va et où il faut rester, c’est une question de disponibilité financière et de plus vous savez autour de l’artiste, c’est normalement tout un système qui est mis en place que malheureusement on ne remarque pas au niveau de tous les artistes parakois. Tout se focalise au niveau de l’artiste parakois si l’on veut partir à Cotonou, il faut remplir des conditions ; chercher à s’imposer dans un millier d’artistes, chercher les portes de soutien et autres. On a cette crainte de souffrir une fois là-bas ou de se faire humilier, on a souvent peur de mal faire. Moi, je n’ai pas quitté Parakou à cause du devoir républicain qui m’oblige à y rester et là je me suis dit qu’on peut rester chez soi et mieux faire.  

Qu’est-ce qui se fait aujourd’hui comme travail ?

Gotovi Rodrigue « Généralement il y a des initiatives privées qui se font, comme la mise en place de studio de travail, ce qui n’existait pas. Ce qui est certain, ce n’est pas facile je ne parle pas du cas des orchestres de musique kokoma qui sont dans un autre registre. Aujourd’hui nous travaillons avec des talents qui sont détectés à la base sur des évènements, ce sont ces individualités qui émergent comme Kouessiba, Bi-Mari, Daniel San Sounon, c’est ce qui se fait pour que la chose puisse avancer. Ces talents sont fabriqués ici à Parakou même s’ils ne bénéficient pas des avantages d’ici, de cet environnement. Donc on ne peut pas les refuser de s’exporter autrement sinon Parakou est un nid de compétences et de talents.  

Soule Mohamed Rabiou alias Rabilad est un artiste-réalisateur, promoteur artistique à travers son studio Star Style Uno. Installé à Parakou depuis un moment, il nous renseigne sur le travail qui se fait à son niveau « Nous faisons tout type de musique le rap, le RnB et en générale le rythme africain. Nous avons des artistes avec lesquels nous travaillons, qui viennent du Burkina, du Madagascar, du Mali, du Brésil et de la France sans oublier que le travail avec les artistes béninois et particulièrement ceux de parakois est notre priorité. C’est pas aisé pour nous de travailler à Parakou, puisque certaines étoiles montant ne considèrent pas encore leur carrière comme étant ce qui peut les aider à ouvrir de grand porte, il ne considère pas leur carrière comme étant quelque chose de sérieux. La plupart veulent chanter pour se faire voir entre les murs de leur quartier, voilà que nous, nous rêvons grand, on aimerait aller à l’assaut du monde en partant de Parakou et c’est bien possible. Nous les aidons à signer des collaborations avec de grands artistes d’ailleurs ; ce n’est pas facile mais on va y arriver. Sinon Parakou n’est pas encore ce qu’il doit être. Actuellement dans ma maison de production je travaille avec sept talent que je suis entrain de transformer en virtuose pour le plaisir de Parakou et le Bénin »

Dans le but de pouvoir donner un coup de pouce à ce secteur, Godonou Gautier a créé à Parakou le projet Orchestre à l’école. A quoi sert-il exactement ?

 « Orchestre à l’école a été créé pour accompagner le PAG. Quand on a lu le PAG on a su que l’Etat béninois ne veut rien faire dans la culture que de détecter les jeunes talents, les former et les produire. Nous en tant que association on a donc réfléchir pour mettre en place « orchestre à l’école » qui consiste à installer les orchestres dans les collèges et lycées de la ville de Parakou privés ou publics. Il n’y a pas cet établissement qui n’a pas un orchestre grâce à ce projet et il ne faut pas installer et les laisser, il faut organiser une compétition de détection de ces talents et puis c’est les orchestres scolaires qui s’affrontent et à l’issue on essaie d’identifier les meilleurs par catégorie et on les produit, on les forme et on les révèle. C’est ce que nous faisons au sein de « orchestre à l’école ». C’est vrai chaque année quand nous organisons « orchestre à l’école » quand on prend les meilleurs de chaque école, on a un orchestre Kokari Band où ces meilleurs viennent pour jouer et nous faisons leur promotion. Au-delà de la formation à Kokari Band nous produisons. Il n’y a pas deux manières de s’imposer dans la musique que de travailler». 

Comment est-ce que les artistes ont pu s’imposer par le passé?

Par le passé les Mama Abaris, Baboni Moumouni ont survécu de par la philosophie que véhicule leurs chansons, le message, ils ne se sont pas laissés engloutis par ce qui se passe maintenant où vous avez des textes qui ne disent presque rien, qui ne conseillent pas. Parce que dans notre société le rôle premier de l’artiste c’est de sensibiliser, de conscientiser et de soulager les peines de sorte que si vous avez un problème et que vous écoutez sa musique vous y trouverez une solution. Alors il y a un travail qui se fait, il y a certains jeunes aujourd’hui, leur musique n’est pas que du bruitage, sa véhicule un message, la qualité du texte est acceptable. L’artiste produit pour son temps et pour son milieu cela peut traverser le temps si le message est poignant ça peut rester d’actualité mais ce n’est pas les gens d’hier qui vont consommer ce message aujourd’hui à la condition que cela les intéresse, que cela les intègre et donc il y a un travail qui se fait autour de tout ceci. On ne peut pas faire ça avec tout le monde, on est obligé d’être sélectif de voir de bon produits avant de se lancer au travail. L’autre chose également pour qu’un artiste évolue, il faut tout un staff autour de lui ce que Parakou n’a pas encore compris. L’espace Windepke est venu pour tout cela, à un moment donné nous allons former de jeunes managers qui peuvent travailler autour des artistes et leur imposer de vivre de leur art. S’il ne trouve pas ici qu’il cherche ailleurs pour positionner son artiste. Aujourd’hui, les écrans de télé ont disparu, les gens sont obligés de se tourner vers les télévisions en ligne, le vieil homme du village ne peut pas suivre la télévision en ligne c’est pourquoi la radio Deeman a toujours sa place, sa ligne éditoriale est purement culturelle et cela va toujours vers les communautés. Voilà dans quelle logique on pourra aller à l’assaut du monde et de nous-mêmes pour ramener notre public dans les espaces de diffusion pas forcément autour de la boisson.

Comment est-ce que les artistes Parakois pourront s’imposer ?

Selon Rodrigue GOTOVI  «Les artistes parakois peuvent s’imposer par le travail et non la paresse, la tricherie. On ne trouve pas de refuge dans la musique, la musique est comme la mer elle rejette les souillures, elle positionne et célèbre le talent et quand je dis travailler c’est un sacrifice parce que d’abord la musique est une passion et quand vous vivez votre passion vous ne ressentez pas de la peine ou de la souffrance. Quelqu’un d’autre verra de la souffrance en vous mais au fond vous êtes épanouis. Et là vous verrez que beaucoup seront appelés mais peu seront élus et ce peu, ce sont ceux qui ont la musique dans le sang et dans l’âme, ceux qui travaillent au quotidien pour s’imposer ça peut prendre du temps mais cela finira toujours par payer et le mérite sera reconnu ce n’est pas une course de vitesse, c’est une course de fond ; alors je vais dire aux artistes musiciens et instrumentistes de Parakou de continuer par travailler, de travailler parce que c’est cela qui peut les révéler et je pense que le déclic viendra parce qu’on ne peut pas révéler là où rien n’existe, on ne peut révéler que le talent. 

Tandis que Godonou Gautier a déclaré « Je voudrais dire à tous les acteurs culturels, les acteurs du showbiz à Parakou de véritablement prendre conscience que seul le travail pourra nous rendre indépendant dans ce travail qui est peut-être ingrat. Il ne faut pas attendre les événements, faut pas attendre qu’on nous invite, qu’on nous programme avant de penser à aller faire des répétitions, des exercices. Il faut travailler chaque jour, on ne doit pas attendre un contrat avant de se mettre au travail. Entourons nous d’un bon staff managérial et que chaque artiste cesse d’être son propre manager, communicateur et qu’il s’entoure des compétences pour réellement être boosté.

Eric Sant’anna a de son côté indiqué : « Je suis fier de Parakou par rapport à ce qui se produit, les gens se battent, ils font des efforts et on sent qu’ils ont envie d’aller au-delà, ils ont envie de vraiment percer et aujourd’hui beaucoup en ont fait un métier, une passion et au-delà de cela ils se mettent en association afin que les produits du Benin, de Parakou soient de qualité et compétitif. Je suis vraiment fier de la musique qui se produit à Parakou toutes tendances confondues, je n’ignore quand même pas quelques coquilles surtout au niveau de nos frères qui pratiquent le kokoman. Il est vraiment difficile de les corriger c’est pourquoi si vous avez une oreille musicale vous verrez que certaines choses ne se font pas dans la normale. Il est très difficile de leur donner une ligne pour qu’ils jouent cela à moins que l’artiste vienne en solo pour se faire produire ou s’autoproduire. Sinon l’artiste parakois à vraiment du talent et il a surtout confiance en lui ce qui lui reste c’est le travail à fond. Il faut que les musiciens, les instrumentistes, les vocalistes travaillent dur jour et nuit même si l’accompagnement manque cela viendra au bout du travail bien fait.

Mama Ibourahima Awali alias Alfa mim « la musique est un vecteur de transmission de message, donc il ne s’agit pas de combiner les sons de façons agréable à l’oreille comme on le dit de la définition de la musique mais ; il faut que les messages soient ceux qui peuvent changer la vie de l’homme en matière de qualité, il faut que cela soit philosophique. Parce que de plus en plus les messages de cette jeunesse n’ont pas de sens, leur habillement doit être exemplaire, ils doivent aussi avoir de l’humilité, écrire de bons textes et par-dessus tout, il faut vraiment du travail et du travail à l’artiste parakois. Afin de pouvoir être de bon mentor pour la future génération de musiciens et que la musique parakoise aille au-delà des frontières.

Entretient avec DANIEL DAMA 

1- Bonjour monsieur, Présentez-vous s’il vous plait. 

Daniel Dama, auteur-compositeur, ingénieur des arts et cultures, doctorant en Ethnomusicologie en Californie, USA.

2- En tant que musicologue, quel état des lieux faite vous de la musique Parakoise?

La “musique parakoise” est celle-là qui est tout d’abord une/un panache/mélange de tout. C’est une pléthore des musiques d’ici et d’ailleurs avec des frontières ethnomusicologiques poreuses. Ce qui peut aller dans deux sens: dissémination progressive des cultures musicales vulnérables. D’autre part, cette hybridization devient une richesse à valoriser par les acteurs culturels béninois. La monotonie caractérise la musique de certains “orchestres” qui devaient aller puiser dans les répertoires endogènes pour enrichir leur style.

3- Pensez-vous que la musique Parakoise a-t-elle décollé? A-t-elle pris un envol?

Non, elle n’a pas encore décollé. Les musiciens/nes semblent attendre toujours des occasions inopinées, parfois ils croupissent sous le joug des politiciens arrivistes. L’artiste est tout d’abord un homme libre, noble/digne qui produit pour libérer. Par exemple, on n’entend jamais certains artistes que pendant les campagnes politiques! Une pareille musique ne peut pas caractériser “Kpaarakulu.”

4- Quelle conseil avez-vous pour les musiciens Parakois afin que la musique qui se produire dans la cite des Koburu soit placée sur l’orbite international?

L’originalité est le maître mot!

5- Un mot de fin?

Pour faire renaître la musique parakoise, les artistes béninois qui se retrouvent à Parakou doivent travailler en synergie et non en adversariat permanent. 

Comment Parakou accueille la journée mondiale de la musique ?

« L’initiative du 21 prochain vise à célébrer le musicien et la musique dans son ensemble. Nous allons faire place à la musique live, ne fait pas du live qui veut mais qui peut et le live c’est le seul chemin du professionnalisme musical. Vous n’irez pas à l’assaut du monde avec le Play back, ni avec une voix rocailleuse qu’on maintient avec des logiciels ; vous allez à l’assaut du monde avec du potentiel, le naturel, le talent bien travaillé qui est en vous. Et donc ce 21 nous allons célébrer la musique par le live en matière de musique traditionnelle et moderne parce que la musique, c’est la musique qu’elle soit traditionnelle ou moderne. Ce jour on aura droit à du pure digeste, ce sera tamisé parce que nous allons offrir le meilleur » a rassuré Rodrigue GOTOVI. 

Fayçal DRAMANE 

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