À la suite des fortes pluies des 4, 5 et 6 mai 2026 à Cotonou, l’ingénieur BTP Fadel Aboubakar invite à une analyse dépassionnée de la situation. S’il reconnaît la persistance de zones inondées, il souligne que les investissements engagés dans le cadre du Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou ont permis de limiter l’ampleur des impacts, dans un contexte où les grandes métropoles du monde subissent elles aussi les effets croissants du changement climatique.
Voici la substance de sa réflexion
Sur l’inondation au Bénin
Les épisodes d’inondations observés récemment à Cotonou doivent être analysés avec lucidité et objectivité. Aujourd’hui, même les plus grandes métropoles mondiales disposant d’importants moyens financiers et technologiques font face à des phénomènes similaires sous l’effet combiné du changement climatique, de la pression démographique et de l’urbanisation accélérée.
Ces derniers mois, des villes comme Jakarta, Kinshasa ou encore Lagos ont connu des inondations majeures ayant entraîné des milliers de sinistrés, des pertes humaines et parfois une paralysie partielle des activités urbaines. À Kinshasa, les récentes pluies ont provoqué plusieurs dizaines de décès et plus de 11 000 sinistrés.
À Jakarta, certaines zones ont été submergées sous plusieurs mètres d’eau, entraînant des évacuations massives et l’activation de dispositifs d’urgence de grande ampleur. Les experts internationaux rappellent d’ailleurs que cette ville figure parmi les métropoles les plus exposées aux effets du dérèglement climatique et de la montée des eaux.
Dans ce contexte international particulièrement difficile, il faut reconnaître que le Bénin a engagé depuis plusieurs années des investissements structurants qui permettent aujourd’hui à Cotonou de mieux résister qu’auparavant aux épisodes pluviométriques extrêmes. Les travaux réalisés dans le cadre du Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC) produisent déjà des résultats visibles sur le terrain avec une réduction significative des zones de stagnation dans plusieurs quartiers.
Les chiffres disponibles traduisent l’ampleur de l’effort engagé :
plus de 362 milliards FCFA mobilisés pour les travaux d’assainissement ;
146 km d’ouvrages hydrauliques réalisés en complément des réseaux historiques existants ;
plusieurs bassins de rétention construits avec des capacités dépassant 231 000 m³ ;
des collecteurs primaires et secondaires déployés dans des zones critiques de la ville.
Au-delà des infrastructures hydrauliques, les indicateurs liés au cadre de vie montrent également une dynamique positive à l’échelle nationale. Selon plusieurs rapports récents, le Bénin figure parmi les pays ayant enregistré les plus fortes progressions en matière d’Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment grâce aux investissements dans l’eau potable, l’assainissement urbain et les infrastructures publiques.
Les statistiques publiées mettent en avant :
un taux de desserte en eau potable urbaine passé de 54 % à 74,7 % en quelques années ;
plus de 5,4 millions de personnes desservies en milieu urbain ;
un réseau d’eau étendu à plus de 8 376 km ;
une forte professionnalisation du secteur de l’assainissement avec plusieurs milliers d’emplois créés dans la gestion urbaine et environnementale.
Ces progrès montrent que les politiques publiques engagées produisent des effets concrets. Toutefois, les mutations climatiques mondiales imposent désormais d’aller encore plus loin dans le dimensionnement des infrastructures urbaines. Les intensités pluviométriques observées aujourd’hui dépassent parfois les hypothèses hydrologiques utilisées il y a quelques décennies pour concevoir certains ouvrages.
Le défi pour les années à venir sera donc de maintenir ce rythme d’investissement, de poursuivre le recalibrage des réseaux d’assainissement, d’étendre les bassins de rétention, de renforcer les stations de pompage et d’intégrer davantage les nouvelles données climatiques dans les normes de conception des infrastructures urbaines.
Cotonou reste confrontée à des défis importants, mais comparativement à plusieurs métropoles africaines et internationales durement frappées ces dernières années, les investissements déjà engagés par le gouvernement béninois permettent aujourd’hui de limiter considérablement l’ampleur des impacts et d’améliorer progressivement la résilience urbaine de la ville.
Ir Fadel ABOUBAKAR















