Dans un climat de deuil et d’émotion, les populations de Manigri ont accueilli les autorités communales et administratives, venues leur témoigner soutien et compassion après les événements tragiques du 16 mars 2026. Au nom des victimes et des familles endeuillées, un porte-parole a livré un témoignage poignant, appelant à la vérité, à la justice et au rétablissement de la paix dans la localité.
L’intégralité de son discours à lire ci-dessous
« Monsieur le Maire de la commune de Bassila et sa délégation,
Monsieur le chef d’arrondissement de Manigri,
Honorables membres du conseil communal,
Monsieur le chef de village de Souangbé, Igboelé Ikani,
Autorités religieuses, têtes couronnées, sages notables,
Permettez-moi, avant toute chose, de vous souhaiter la bienvenue en ces lieux de prières marqués par les événements tragiques survenus le lundi 16 mars 2026 à Manigri. C’est un honneur pour nous de vous accueillir malgré la douleur qui nous étreint. Que Dieu vous bénisse et veille sur vous, afin que votre présence à Manigri ce jour contribue à la paix.
C’est avec un cœur lourd, rempli de tristesse et de compassion, que je prends la parole aujourd’hui au nom des victimes et des familles endeuillées par ces événements douloureux du lundi 16 mars 2026. Le drame a commencé par un différend entre un éleveur surpris en train de ramasser les noirs d’acajou dans le champ d’un agriculteur. Lorsque le propriétaire du champ l’a interpellé, le présumé voleur a brandi une machette. L’agriculteur, effrayé, a crié au secours, et ses enfants sont intervenus pour maîtriser l’éleveur.
Conduit au commissariat, le présumé voleur a été aperçu à moto en ville sans que les plaignants ne soient informés. Mis sur convocation le lundi 16 mars, les deux parties se sont retrouvées au commissariat. Après audition et à la surprise générale, ce sont les jeunes qui avaient aidé l’agriculteur à maîtriser l’éleveur qui furent placés en garde à vue. Malgré les interventions du chef d’arrondissement, aucune explication claire ne fut donnée.
Face à cette injustice, vers 21 heures, les habitants se sont dirigés vers le commissariat pour protester pacifiquement, sans armes, comme relaté par certains médias et journaux en ligne. Mais la situation a dégénéré : quand la population tentait de forcer le passage aux environs de 22 heures, les forces de l’ordre ont ouvert le feu. Ce qui devait être une simple protestation s’est transformé en une nuit de terreur. Des tirs répétés à balles réelles ont visé les populations en fuite.
Le bilan est lourd, monsieur le ministre : trois morts, dont une femme enceinte, et plusieurs blessés graves. Excellence, monsieur le ministre d’État, parmi les victimes, le cas du jeune Ogueré Tadjoudine reste particulièrement bouleversant. Atteint par balle au niveau de l’abdomen, il a trouvé la force d’appeler son frère pour lui dire qu’il était blessé et qu’il se trouvait dans l’enceinte du commissariat, demandant à être secouru.
Les parents ont aussitôt alerté les sapeurs-pompiers, mais à leur arrivée, les forces de l’ordre ont refusé de leur remettre le blessé, affirmant qu’il était déjà décédé, alors qu’aucun constat médical n’avait été fait à ce moment-là. Il a fallu de multiples interventions, notamment celles du chef d’arrondissement, du premier adjoint au maire et des autorités communales présentes sur les lieux, aux environs de 3 heures du matin, pour que le blessé soit finalement évacué.
Mais malheureusement, après plus de 4 heures passées sans assistance appropriée, dans une douleur insoutenable et ayant perdu énormément de sang, il a été transféré à l’hôpital de zone de Bassila puis au CHUD Donga pour une intervention chirurgicale, avant d’être référé le lendemain au CHUD Borgou, où il a finalement rendu l’âme aux environs de 19 heures. Son corps a été ramené à Manigri, dans son village natal, et inhumé le lendemain, plongeant toute la communauté dans une douleur indescriptible.
Concernant la dame décédée, Houndonougbo Carine, son corps a été transporté à Dassa, dans l’arrondissement de Zouglogbo, son village natal. Sa famille refuse catégoriquement de récupérer le corps tant qu’un document officiel attestant qu’elle a été atteinte par balle ne leur ait présenté. À ce jour, monsieur le ministre, son corps demeure à la morgue de l’hôpital de zone de Dassa, dans l’attente de vérité et de justice.»















