L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, fils cadet de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, survenu mardi 3 février 2026 à Zintan, continue de susciter de vives interrogations en Libye et au-delà. Tué par balles à son domicile à l’âge de 53 ans, celui qui demeurait une figure politique controversée mais influente laisse derrière lui un vide lourd de conséquences. Dans un décryptage accordé à RFI, la politologue Virginie Collombier estime que cette disparition profite potentiellement à plusieurs acteurs politiques majeurs, notamment les camps Dabaiba et Haftar, qui voyaient en Saïf al-Islam un rival capable de rebattre les cartes du jeu politique libyen.
Selon l’universitaire, Saïf al-Islam Kadhafi incarnait l’une des rares voix prônant ouvertement la réconciliation nationale et la réunification d’un pays fracturé depuis plus d’une décennie. En se positionnant comme une « troisième voie », en marge des deux centres de pouvoir dominants, il représentait une menace pour des élites politiques accusées de se partager le pouvoir et les ressources. Cette posture, même stratégique, aurait pu justifier son élimination, tant l’idée d’un projet national fédérateur est perçue comme un danger par ceux qui prospèrent sur la division institutionnelle et sécuritaire du pays.
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi intervient par ailleurs dans un contexte troublant, marqué par une série de morts suspectes de figures sécuritaires et politiques, dont celle récente de Mohamed Al-Haddad, chef de l’armée de l’ouest libyen. Pour de nombreux Libyens, ces événements s’apparentent à des assassinats politiques visant à neutraliser toute personnalité capable de rassembler ou de peser dans une future reconfiguration du pouvoir. Le timing de cette opération interroge d’autant plus qu’elle survient alors qu’un dialogue politique inclusif, sous l’égide des Nations unies, venait à peine de s’amorcer. Un assassinat de plus qui pourrait, selon les observateurs, fragiliser davantage un processus de paix déjà précaire et replonger la Libye dans une spirale d’instabilité.















