Après l’OCBN, SOBEBRA, SNAFOR, la ferme d’État de l’Okpara, le laboratoire vétérinaire de Parakou, COTEB, l’aéroport de Tourou, les centres universitaires, …… , la décision du gouvernement béninois de fermer Radio Parakou ne relève ni de la simple gestion administrative, ni d’une rationalisation technique. Elle s’inscrit dans un plan de recul et d’affaiblissement du Borgou et de ses populations, un refus de développement.
Interrogez les entreprises commerciales, les ONG et les acteurs du marketing social : sans Radio Parakou, leurs campagnes n’auraient jamais atteint leurs cibles dans sa zone de couverture. Pour eux, cette fermeture est un désastre. Car l’audiovisuel, c’est d’abord du temps d’écoute et de la proximité.
Or plus de la moitié de nos populations reste non alphabétisée. Dans ce contexte, l’audiovisuel — et la radio en premier lieu — demeure le moyen de communication le plus rapide, le plus adapté et le plus inclusif. À Banikoara, par exemple, il n’est pas rare de voir des familles acquérir un poste radio, le caler définitivement sur la fréquence de la radio locale officielle Banigansé FM, et ne plus jamais en changer pendant toute la durée de vie de l’appareil. La radio fait partie du quotidien, elle structure l’information, l’éducation sanitaire, les prix du marché et les alertes.
Comment la radio nationale unique, depuis Cotonou, pourra-t-elle remplacer une antenne qui touche quotidiennement des milliers d’auditeurs en 13 langues locales, comme le fait Radio Tanguiéta dans l’Atacora ? L’État lui-même l’avait compris : en complément de l’ORTB Parakou, il a créé des radios locales pour répondre à la diversité linguistique et culturelle du Nord. La libéralisation et les évolutions technologiques n’ont fait qu’amplifier cette demande de service radiophonique de proximité.
La prolifération de la presse numérique ne peut pas — du moins pour l’instant — se substituer à l’audiovisuel, et surtout pas à la radiodiffusion. Même si la radio et la télévision numériques sont plus accessibles techniquement, seule l’information diffusée par la presse officielle, et donc par la radiodiffusion publique, fait foi auprès des populations. L’inexistence d’une radio officielle de proximité livrerait les auditeurs à la subversion et à la désinformation. Combien de ces médias numériques ont déjà été fermés par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) ? Les motifs sont presque toujours les mêmes : diffusion d’informations toxiques, non vérifiées, ou portant atteinte à la cohésion nationale.
Ce que dessine cette mesure, c’est un modèle à la RFI : émettre de loin, vers des régions entières, sans parler leurs langues, sans vivre leurs réalités. Mais derrière l’argument technique se cache un objectif plus politique : le contrôle de la communication. Quelle démocratie peut survivre si l’on surveille jusqu’aux pensées des citoyens, en verrouillant l’espace d’expression ?
Plus grave encore : le Borgou historique — 82 000 km² — reste la vache laitière du Bénin. Il nourrit le pays en coton, en vivres, en matières premières, mais il est systématiquement laissé pour compte dans les investissements structurants. Aujourd’hui, ce même territoire est en première ligne face à l’insécurité. Les incursions attribuées à des groupes armés liés au JNIM ou à Boko Haram menacent les populations et fragilisent le tissu social.
Dans ce contexte, fermer Radio Parakou revient à priver le Borgou d’un outil de veille, d’alerte, de cohésion et d’information vitale. La radio n’est pas un luxe : c’est un service public de sécurité, d’éducation et de lien social.
L’histoire nous enseigne que les résistances les plus efficaces dans l’actuelle république du Bénin — celles des guerriers wassangari face à la conquête coloniale à la fin de 1897 — reposaient sur la mobilité, la connaissance du terrain et la communication. À l’inverse, les stratégies frontales et centralisées du royaume du dahomè ont montré leurs limites avec le massacre par milliers des troupes de Béhanzin par les tirailleurs du général Alfred A Dodds en moins de deux mois en 1892. Figurez-vous que des analystes occidentaux assez outillés vont jusqu’à faire une simulation de leurs méthodes empiriques anciennes à celles de ces groupes armés actuels. Il faut dans ce contexte vraiment informer officiellement et sérieusement nos populations.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas de guerre, mais de confiance. En fermant Radio Parakou, le gouvernement envoie un signal dangereux : celui d’une recentralisation qui marginalise le Nord-Benin et qui traite la diversité comme un risque plutôt que comme une richesse.
Nous demandons solennellement le maintien et le renforcement de Radio Parakou. Pas par nostalgie, mais par nécessité démocratique, sécuritaire et économique. Éteindre cette voix, c’est affaiblir le Bénin tout entier.
Saïd Dicko
Logisticien
C201 rue des Cheminots, Parakou















