Entre les motos et les véhicules qui peinent à se frayer un passage, des vendeurs ambulants se précipitent vers les usagers pour promouvoir leurs marchandises. D’autres, installés aux abords des carrefours faute de moyens pour louer une boutique, attendent patiemment d’éventuels clients. C’est le constat fait le vendredi 3 juillet 2026, aux environs de 18 heures, au carrefour Hubert Maga de Parakou. Si cette stratégie permet à ces commerçants d’accroître leur visibilité, elle soulève également des préoccupations liées à la sécurité routière et à l’occupation de l’espace public.
Dans plusieurs carrefours de la ville, la présence des vendeurs ambulants est devenue une réalité quotidienne. Fournitures de bureau, chaussures, vêtements, ustensiles de cuisine, produits cosmétiques et bien d’autres articles sont proposés aux automobilistes, motocyclistes et passants. Les intersections se transforment progressivement en véritables marchés à ciel ouvert, révélant les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux petits commerçants. Si la publicité est souvent considérée comme l’âme du commerce, la multiplication des points de vente aux carrefours interroge sur les limites entre la recherche de visibilité commerciale et l’occupation anarchique de l’espace public.
Pour la plupart des vendeurs, cette situation est davantage une nécessité qu’un choix. Les faibles revenus et le coût élevé des loyers commerciaux les contraignent à exercer leur activité dans la rue. « Je vends des reçus de loyer, des têtes de gaz, des marqueurs, des correcteurs, des cachets et plusieurs autres articles. Le marché est devenu très difficile, la concurrence est forte et je n’ai pas de boutique. En circulant dans la ville, je vends davantage aux carrefours parce que les passants me voient facilement. C’est ce qui me permet de faire vivre ma famille. Certains jours, je reste du matin au soir sans presque rien vendre. Je souhaite que le gouvernement pense aussi à nous », confie Darius KPOFONDÉ, vendeur ambulant rencontré au carrefour de la municipalité de Parakou.


Au carrefour Ecobank, Abdoul SABI-MOUGNAN, vendeur de chaussures et de vêtements, partage le même constat. « En cette saison des pluies, les ventes sont faibles. Beaucoup sont aux champs et les étudiants sont en vacances. Je n’ai pas de boutique, c’est pourquoi je me déplace pour vendre. Aux carrefours, j’ai plus de chances de trouver des clients. C’est grâce à cette activité que je paie mon loyer et que je nourris ma famille », explique-t-il.

Au-delà de ces témoignages, la vente ambulante aux carrefours met en lumière un véritable défi social et économique. Si elle constitue une source de revenus indispensable pour de nombreuses familles, elle représente également un risque pour la circulation et la sécurité des usagers. Au carrefour Hubert Maga, plusieurs autres vendeurs rencontrés, proposant des assiettes, des poêles, des produits cosmétiques, des parfums, des chaises et divers articles, ont préféré garder le silence. « Vous savez que la vente aux carrefours est déjà une affaire compliquée », ont-ils simplement déclaré, refusant d’en dire davantage par crainte d’éventuelles représailles.
Entre impératif de survie économique et nécessité de préserver l’ordre public, la vente ambulante aux carrefours demeure un défi majeur pour les autorités municipales. Une meilleure organisation de cette activité, accompagnée de solutions adaptées en faveur des petits commerçants, pourrait contribuer à concilier droit au travail, mobilité urbaine, sécurité routière et occupation harmonieuse de l’espace public.
Alawodé GBAGUIDI (Stg)















