La situation des journalistes béninois Hugues Comlan Sossoukpè et Ali Moumouni suscite une vive inquiétude dans les milieux médiatiques et au sein des organisations de défense des droits humains. Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières (RSF), Ali Moumouni a été arrêté dans la matinée du 16 juillet à Cotonou par des agents en civil, sans qu’aucun mandat d’arrêt ni motif officiel ne lui soit communiqué. Après une brève conversation, il aurait été contraint de les suivre, avant qu’une perquisition ne soit effectuée à son domicile sans document légal, entraînant la saisie de ses outils de travail. Conduit au Centre national d’investigations numériques, ex-OCRC, le journaliste a passé plusieurs heures d’interrogatoire avant d’être transféré au commissariat du port de Cotonou. Le 21 juillet, la chambre des libertés et de la détention de la CRIET a ordonné son placement sous mandat de dépôt, et il demeure à ce jour détenu à la prison civile de Cotonou.
Le cas de Hugues Comlan Sossoukpè, quant à lui, illustre un climat d’intimidation grandissant envers la presse critique. Le journaliste, connu pour ses enquêtes dérangeantes et son franc-parler, a été arrêté le 10 juillet à Abidjan, en Côte d’Ivoire, alors qu’il participait à une mission professionnelle à l’invitation des autorités ivoiriennes. Selon RSF, il aurait été rapatrié de force au Bénin et placé à la prison civile de Ouidah. Sossoukpè avait déjà trouvé refuge au Togo en 2021 après avoir été menacé pour avoir documenté les irrégularités des législatives de 2019, organisées sans la participation de l’opposition. Malgré son statut de réfugié politique, il aurait récemment signalé de nouvelles menaces, confirmant que ses enquêtes sur la gouvernance béninoise continuent de déranger certains cercles du pouvoir.
Ces deux arrestations traduisent, selon plusieurs observateurs, une dérive inquiétante du régime béninois vis-à-vis de la liberté d’expression. Le média auquel appartiennent les deux journalistes est surveillé par les autorités depuis 2019, notamment en raison de ses publications critiques sur la gestion du pays. Dans un contexte politique marqué par la préparation des élections générales de 2026, ces détentions apparaissent pour beaucoup comme une manœuvre visant à intimider la presse indépendante. RSF et d’autres organisations internationales appellent à la libération immédiate des deux journalistes et exhortent le gouvernement béninois à respecter les principes fondamentaux de la démocratie, notamment le droit à l’information et la protection des professionnels des médias.















